Brebion Essay Tires

Résumés

À partir de nouvelles sources, disponibles grâce à la publication des actes prives grecs inédits de l'Archivo Ducal de Medinaceli (Tolède), on tentera de rentrer au cœur de la société rurale de la Calabre méridionale hellénophone – notamment la région du détroit qui a dans la ville insulaire de Messine son centre de gravite – telle qu'elle est attestée au tournant du XIIe siècle. Signifiant et performatif, le document de la pratique rend compte à la fois d'un ensemble de données riches et variées et de la somme des rapports sociaux et économiques qu'il est censé formaliser. Par la langue spéciale de l'acte juridique et par son formulaire, non pas au-delà du stéréotype mais à travers le stéréotype et ses variantes, on vérifiera l'impact du pouvoir normand et de son administration sur une communauté qui demeura byzantine – de langue, de rite et de droit prive – tout au long de l'époque considérée. Transactions de biens immeubles, accords et échanges, platee, cognomina, titres et fonctions, expriment une nouvelle organisation de la société et nous amènent à nous interroger sur les relations qui s'instaurent entre ses composantes : les anciens propriétaires, les ressortissants de l'élite italo-grecque, les paysans, les « hommes » du monastère, l'archimandrite et le pouvoir central. Quel était le régime de la terre, quel habitat rural peut-on dessiner à partir de la description de ses confins et surtout, quelle forme de seigneurie l'institution monastique exerçait-elle sur ces terres ? Autant de questions auxquelles on essaiera de répondre en élargissant l'enquête a la région de Messine, également placée sous la sphère d'influence économique de l'Archimandritat, l'un des seigneurs les plus fortunés du Royaume de Sicile durant l'époque normande.

Based on new sources, which have become available thanks to the publication of private Greek legal documents from the Archivo Ducal de Medinaceli (Toledo), this essay aims to study the rural society of hellenophone Southern Calabria – in particular, the region of the Straits, with the insular town of Messina at its centre – in the form in which it appears at the end of the 12th century. Being both significant and performative, the practice document records a wealth of data as rich and varied as the body of social and economic relationships that it attemps to formalize. The specialized language of the juridical act and its formulary, which does not avoid the use of stereotypes but rather exploits the possibilities of stereotypes and their variants, allows us to examine the impact of Norman power and its administration on a community based on Byzantine rite and private law whose language remained Greek during the whole of the 12th century. Estate transactions, agreements and exchanges, platee, cognomina, titles and functions, all of which were expressions of a new way of organising society, invite us to investigate the relations between the agents concerned – the former owners, belonging to the italo-Greek élite, the peasants, the ‘men’ of the monastery, the archimandrite and the central power. What was the land tenure, what rural habitat did the definitions of boundaries outline, and, above all, what kind of dominion did the monastic institution exercise over its lands? These are some of the questions that this essay will seek to answer by widening out its scope to encompass the region of Messina that was under the economic sphere of influence of the Archimandritate, this later being renowned as one of the wealthiest lords of the Kingdom of Sicily in the Norman period.

Haut de page

Texte intégral

PDF 816k Signaler ce document

1La documentation en langue grecque produite dans la Calabre post-byzantine qui nous a été conservée est assez copieuse comparée à d’autres régions de l’Italie méridionale mais aussi, pour ce qui concerne les actes privés, par rapport aux territoires restés sous l’égide impériale. On doit certes déplorer la perte de cet immense dépôt que fut l’Archivio di Stato di Napoli, et plaindre la disparition et/ou la dispersion qu’ont connues d’autres fonds d’archives. Néanmoins, grâce aux transcriptions anciennes de ces originaux perdus – notamment l’œuvre de Francesco Trinchera1 – et aux éditions diplomatiques modernes des documents inédits, tel le travail mené par André Guillou2, la pratique juridique grecque peut être à juste titre considérée comme une source essentielle pour l’histoire économique, sociale et culturelle de cette région.

2Dans le cadre du XXe Congrès International d’Études Byzantines, à l’occasion de la table ronde dédiée à L’Italie byzantine, notre contribution a porté sur une microrégion de la Calabre méridionale – la Vallée du Tuccio – qu’atteste la documentation conservée dans le fonds « Messine » de l’Archivo Ducal de la Fondación Medinaceli, à Tolède3. Cette chôra, connue dans les sources d’époque byzantine, dans les années 40 du XIIe siècle fut en effet rattachée, par concession royale, au domaine de l’archimandritat de Messine qui en conserva les titres de propriétés. Nous ne reviendrons pas ici sur l’histoire du Saint-Sauveur, basilikè monè fondée en 1131 par Roger II – bien connue depuis que les archives de Tolède, rendues accessibles aux chercheurs, ont permis de mieux en saisir les tenants et les aboutissants –, ni sur l’ensemble de la documentation qui le concerne, dont celle relative à la Vallée du Tuccio qui occupe une place quantitativement et qualitativement importante. Sous presse lors du Congrès de Sofia, l’édition diplomatique des 53 documents privés qui y ont été émis est sortie en novembre 2011 : nous nous permettons donc ici d’y renvoyer le lecteur, concentrant l’attention sur certains aspects qui ont trait à la gestion du domaine de l’archimandrite et par là, plus largement, à l’économie de la région4.

Les lieux

3Suivant la côte calabraise depuis Reggio vers l’Est, là où la mer ionienne déverse ses eaux dans le détroit à quelques kilomètres des Saline Ioniche, et laissant à l’Ouest le rocher avec le château de Pentedattilo, on parvient à Melito di Porto Salvo, centre urbain qui tire son nom de la rivière Melito, le « fleuve du miel » cité par Idrîsî, qui débouche ici dans la mer5. La vallée formée par cette rivière qui prend sa source dans l’Aspromonte est toutefois connue, aujourd’hui encore, comme Valletuccio, Tuccio étant le nom qui désigne la rivière dont le Melito n’est que le cours inférieur. Perpendiculaire à la mer et accueillant d’autres cours d’eau qui s’y jettent en biais, il s’agit aujourd’hui moins d’un fleuve que d’une fiumara ; néanmoins, hormis durant les longues saisons estivales, le Tuccio ne manque pas d’eau : la terre alentour est assez fertile et aujourd’hui exploitée notamment en oliviers, vignobles et mûriers. Le paysage y est très vallonné, présentant au Nord une montagne, le mont Peripoli qui atteint 1300 m de hauteur, ainsi que des collines et de cols ouvrant des passages de la vallée du Tuccio à celle de l’Amendolea, vers l’Est et à celle de Montebello vers l’Ouest. Nous sommes au cœur de cette Calabre grecanica dont les centres les plus importants – Roghudi, Condofuri, Gallicianò, Roccaforte del Greco, Bova, Palizzi et jusqu’à Gerace – vantent leurs origines grecques en gardant, entre autres, une langue, le grecanico, que les enfants apprennent et les adultes maintiennent avec orgueil. Les noms de famille, tout comme les toponymes, ont souvent une origine grecque, et l’on y rencontre encore parfois un individu capable d’arpenter les chemins champêtres et d’y localiser nombre d’anciens lieux-dits, vestiges de pierres ou mémoires du culte d’un saint.

4L’identification du site qui fut le centre administratif de cette région dont jusqu’au XIIIe siècle on sait les stratègoi, ce Tuccio connu, en 1154 ca, par Idrîsî qui le cite parmi les « villes » (madina) de Calabre, avec Reggio, al-Masya, Gerace et Sant’Eufemia, demeure cependant incertaine. L’archéologie étant muette à ce sujet, l’on doit se remettre uniquement aux sources écrites pour cerner la place occupée par cette chôra, peuplée en majorité par une population de rite, langue et droit byzantin, dans l’économie d’une region qui, au XIIe siècle, était investie par une domination nouvelle.

Les temps : origine et évolution d’une seigneurie

5La chôra tôn Toukkôn fut concédée par le roi Roger II à l’archimandrite du monastère du Saint-Sauveur de Messine, Luc, en 1142-1143 par un sigillion, qui est conservé en original6. La teneur de l’acte est un rappel à l’ordre de notre problématique. Alors que, dès 1134 le roi avait promis à l’archimandritat – érigé depuis à peu près trois ans sur la pointe du Phare de Messine – une fourniture annuelle en huile, vin et sel ainsi que des sommes d’argent, aussitôt les fonctionnaires royaux avaient tout fait pour entraver l’envoi de ces ressources7. C’est pourquoi le roi, décidé à résoudre une fois pour toute le conflit, pour garantir au monastère son autonomie économique, lui concède une terre productive adéquate, à savoir τὴν ἠμέτεραν χώραν Τούκκων ἐν τῆ διοικήσει τῆς ἐκκλησίας Ῥηγίου dont sont indiqués les confins8. Par ce sigillion, qui fut confirmé deux fois en novembre 11449, cette chôra alla donc s’ajouter aux domaines calabrais de l’archimandritat concédés par le roi lors de la fondation par un chrysoboullon sigillion daté de 1133, à savoir les métoques de Saint-Nicolas-des-Drosi, Saint-Pancrace de Briatico, Saint-vie de Buzzano, Sainte-Jérusalem de Mesai10.

6Qu’il s’agisse d’une concession d’envergure, dont la ratio dépasse la logique du rapport de la dépendance économique, qui s’établit d’office entre métoques et maison-mère, s’appliquant ici à un territoire assez vaste – environ 70 km –, fertile et ayant accès à la mer, qui abrite des couvents grecs mais encore des chôria et leurs structures productives, cela reste fort clair par les passages du sigillion cité. Y sont énumérés tous les droits dont jouira l’archimandrite : droits sur les bois, les vignes et les moulins à eaux ; sur les oliviers, les vergers et les roseaux ; sur les champs et les pâtures ; sur les bellanoi et les douleiai que ceux-ci doivent. Il était concédé également à l’archimandrite le droit à la jouissance des eaux et sur les animaux, ainsi que les droits maritimes et l’exousia sur les monastères de la vallée et sur les hommes qui y habitent. Dès lors, ceux-ci étaient déclarés exempts de toute autre autorité, ecclésiastique ou baronale, libres d’angaria et de parangaria, de toute dôma, ne devant de la douleia qu’auprès du Saint-Sauveur. Sur cette chôra, le monastère était aussi libre d’accueillir les anthrôpoi eleutheroi, soit ceux qui ne relevaient ni de l’autorité du roi, ni de celle de l’Église, ni de celles des barons11.

7Toujours durant l’année 1144, à la demande de l’archimandrite, le roi renouvelle une platéia des vilains que lui-même, en 1124-1125, avait donnée à Barthélemy et Démétrius – deux personnages qui ne sont pas connus par ailleurs –, faisant transcrire, dans un autre sigillion qui est conservé en original, la liste de leurs noms. Sur ces hommes, à savoir οἱ βελλάνοι οἱ κατοικοῦντες εἰς τὴν αὐτὴν βαθείαν τῶν Τούκκων καὶ εἰς τὰ ἐξωτικὰ τοῦ Ῥηγίου, et sur leurs biens, l’archimandrite pourra exercer sa δεσποτεία et en exiger τὰ ὀφειλόμενα sans avoir à subir de contraintes de quiconque12.

8Ces privilèges n’allaient pas en effet sans contestation. Ainsi, nous continuons d’ignorer les destinataires du premier sigillion, ὃ κοινῆ διαλέκτω λέγεται πλατεία τῶν βελλάνων, datant de 1125, mais on sait qu’une telle concession dont, vingt ans plus tard, l’archimandrite pouvait se réclamer était disputée par les fonctionnaires (exousiastai) calabrais du roi. Le sigillion de 1144 (ADM 1247) confirmant les confins de la chôra pour la garantie de l’archimandrite contre toute réclamation nous informe aussi sur la procédure qui avait été suivie lors de l’assignation du domaine : les indications cadastrales s’en trouvaient précisées « dans les cahiers du palais » et étaient supportées par les renseignements portés de vive voix « par les fonctionnaires en charge du sekreton » (τῶν ἐν τῷ παλατίῳ τετραδίων καὶ ζώσης φωνῆς τῶν κατὰ τὸν καιρὸν σεκρετικῶν)13.

9Tout en montrant qu’à l’époque de la réorganisation des bureaux de l’administration centrale (1140-1145), qui abouti à la création du diwan al-ma’mur, « cœur de l’administration financière en Sicile14 », la terre de la vallée du Tuccio était inscrite sur les registres du domaine royal, ces informations posent également la question de la genèse et de la nature de la seigneurie du Saint-Sauveur de Messine. Par décision royale, celle-ci s’exerça, durant des siècles, de part et d’autre du Détroit, mais dès le début, elle avait dans cette chôra calabraise son véritable centre économique et territorial15. Il convient par conséquent de remonter le temps et de revenir sur les quelques notices concernant la vallée du Tuccio datées de l’époque byzantine et comtale.

10À la veille de la conquête normande, l’archevêché de Reggio possédait des domaines dans la vallée : des terrains sis eis ta Toukia ou eis ton potamon tôn Toukkôn sont en effet inscrits dans le Brébion de la métropole, et ta Toukia est mis en relation avec le kastron de Bova16. Les sources grecques d’époque comtale parlent de ce territoire comme d’une chôra, la déterminant le plus souvent au génitif pluriel tôn Toukkôn, et cela perdurera jusqu’au XIVe siècle. En latin on utilise les termes terra ou tenimento, comme, par exemple, dans la première mention connue, remontant à l’année 1090, lorsque le comte Roger concède au monastère de Sainte-Marie-de-Terreti, sis sur les hauteurs près de Reggio, au Nord-Est, des terres sises in tenimento Tuchij17. En 1094, avec la création de l’évêché de Bova, suffragant de Reggio et régi par Luc, le futur saint Luc de Bova, la Vallée du Tuccio sera prise entre les aires d’influence tant de celui-ci que de l’archevêque de Reggio, seigneur du territoire de Bova18. Quelques années plus tard, en 1131, deux documents de Maximilla, à qui le roi Roger son frère avait octroyé l’exousia et la despoteia sur la terre de Oppido, attestent que la dame peut disposer aussi des biens fonciers eis Toukkas, qu’elle est prête à donner aux sujets grecs les plus proches de son entourage19. Il s’agit des membres de l’élite locale – le stratège, le notarios et leurs familles – récompensés de leurs services par l’attribution de terrains en pleine propriété.

11De telles donations, tout en étant modestes en termes économiques, allaient néanmoins renforcer tant le lien de fidélité entre les bénéficiaires et le seigneur que l’alleu, bien attesté sur le terroir depuis l’époque byzantine. De la part du pouvoir normand, il s’agissait, comme il a été largement démontré, de s’assurer la non-hostilité, sinon l’appui, de la population locale à prédominance italo-grecque pour garantir le contrôle de la région20.

Le milieu social

12Les actes privés datés entre la deuxième moitié du XIIe et le XIIIe siècle – au nombre de 42 – par lesquels des particuliers cèdent au monastère du Saint-Sauveur la despoteia, l’exousia et le kyros, ou la kuriotès, sur leur bien-fonds attestent l’existence d’une petite voire moyenne propriété paysanne aux mains des Italo-grecs locaux. Les auteurs juridiques de ces actes, les témoins, les personnes cités, les périorismoi des terrains – qu’ils en soient les propriétaires, les tenanciers, ou les paysans dépendants qui les cultivent – s’appellent en effet Constantin, Basile, Théodore, Oulô, Règala et ils ont pour noms de famille Strobilès, Chalkéopoullos, Rodokallos, etc. Les noms qui renvoient à un métier – Raptès (le tailleur), Kellaris (le cellier), Chalkeus (le forgeron), Pélékanè (la bûcheronne), Tzukalas (le potier), Tzangkarès (le cordonnier), Bardouchos (le massier), Ampélourgos (le vigneron), etc. – illustrent un milieu rural où l’artisanat était également exercé. Aussi, la transformation de termes désignant à l’origine des titres ou des fonctions administratives byzantines et normandes (Spatharios, Kouratôr, mais aussi Logothètès, Kaballarès et Stratiotès) en cognomina est bien attestée. On rencontre certes des noms comme Moulès, de dérivation arabe tout comme Bagalas, des Robert, Roger ou Hugues, qui sont latins, mais il s’agit là d’une minorité. La présence des femmes est bien attestée par le signon qu’elles portent en début du document en tant qu’ayants droit. Dans cinq cas, c’est une femme qui établit le document : il s’agit des filles de la couche la plus aisée de la société rurale, celles qui, ayant pleine personnalité juridique, gèrent leurs biens propres selon les normes du droit byzantin.

13Au sein de cette communauté, il est possible de distinguer une élite assez restreinte, composée d’un archonte, qui est sans doute un latin, d’un kritès, de quelques kyr et de plusieurs notarioi. Comme on pouvait s’y attendre, les prêtres et les moines aussi sont nombreux : le credo religieux, l’obéissance au rite et aux normes de l’Église grecque et l’attachement que cela impliquait à la tradition culturelle byzantine signale l’appartenance à une communauté qui avait vu reconnaître par la législation normande son propre régime de droit21.

14La présence massive sur ce territoire calabrais d’une population de langue et de culture grecque justifie donc la décision de Roger II d’en concéder la despoteia à l’archimandrite de Messine, tout en s’assurant un très bon allié. Seigneur rural, l’archimandrite y exerçait également des pouvoirs publics. Ainsi, la juridiction civile sur les habitants de la chôra sera la cause de troubles et de différends tant avec les fonctionnaires royaux de Reggio qu’avec ceux des barons de la région : en 1151, Roger II, face aux prétentions de ces derniers d’instaurer une bajulatio sur la terre de l’archimandrite, réaffirmera les prérogatives du monastère telles qu’énoncées dans les premiers sigillia, tout comme le fera plus tard Guillaume II, en 117722. De son coté l’archimandrite, qui au moins en deux occasions sera choisi dans la personne de l’économe de Tuccio23, tirait grand profit de ses privilèges : au début du XIIIe, sa fortune était telle qu’il pouvait fournir à la cour un prêt important, récompensé ensuite par le roi Fréderic II justement par la donation, entre autres, de totum quod curia nostra habebat in terra supradicti monasterii Tuchi […]24. Un tel dispositif politico-administratif qui voit dans l’archimandrite l’acteur éminent du contrôle et de l’encadrement des habitants de la région, perdura de façon quasi inaltérée, du milieu du XIIe jusqu’au XVe siècle25.

L’expansion du monastère du Saint-Sauveur dans la vallée du Tuccio

15Tout au long du XIIe siècle, à coté du domaine de l’archimandrite sont attestées, à Tuccio, tant la petite et moyenne propriété laïque que d’autres domaines ecclésiastiques. Sur cette aire géographique, relativement limitée, existaient en effet des couvents grecs, qui étaient et restèrent indépendants de l’archimandritat de Messine, comme par exemple le monastère de Sainte-Marie-de-Terreti, également dotés en terre par le pouvoir normand, ou le monastère de l’Archistratège, Saint-Michel-Archange, connu dans le Brébion et attesté dans les documents du dossier de Medinaceli26. D’autres couvents, qui grâce à une condition économique favorable avaient pu garder leur autonomie sans être compris au nombre des couvents dont le Saint-Sauveur avait l’exousia, furent tôt ou tard intégrés avec leurs biens dans les possessions de l’archimandrite et placés à leur tour sous sa juridiction. Tel sort toucha le monastère de Saint-Georges, qui fut probablement le siège de l’économe de Tuccio – représentant sur place de l’archimandrite – célèbre pour son patrimoine de 35 livres manuscrits qui firent l’objet d’un vol en 118427 ; tel aussi le destin du monastère de Saint-Barthélemy tou Silipingou, une fondation privée remontant vraisemblablement à l’époque byzantine, qui comptera parmi les métochia de l’archimandritat en 122928.

16Depuis la concession royale de 1144, tous ont dû compter avec la politique d’expansion de l’archimandrite. Durant la période couverte par les actes du dossier de Medinaceli – soit de la moitié du XIIe à la moitié du XIIIe siècle – la documentation, constituée principalement d’actes de ventes, atteste que le monastère du Saint-Sauveur ne cessa de défendre et d’élargir ses intérêts sur la chôra. Même les quelques transactions qui se passent entre des personnes privées concernent, d’une manière ou d’une autre, le Saint-Sauveur : la charge de rédiger l’acte de vente est normalement dévolue au notarios de la cour de l’archimandrite et l’arrivée du document dans ses archives atteste sans faute de la destination ultime du bien. Il s’agit d’ailleurs de la première évidence qu’on tire de la lecture des documents : les particuliers ayant gardé leur droit de propriété sur un bien foncier cèdent au cours du temps ce droit par des actes qui ont des effets tant sur le bien en question – qui est parcellisé et/ou absorbé dans une nouvelle unité patrimoniale bénéficiant d’une exemption fiscale et relevant de l’archimandritat – que sur les personnes impliquées dans la transaction.

17En effet, la question de la propriété est évidemment liée à une autre, la plus délicate posée par ce dossier, à savoir le régime de la terre et le statut des hommes qui la cultivent. On reviendra plus bas sur cette question, mais déjà on peut avancer que les investissements successifs de l’archimandritat, s’ils témoignent de l’appauvrissement des cultivateurs amenés à vendre leurs biens-fonds pour des sommes souvent risibles, passant ainsi sans doute de la condition de petit propriétaire à celle de paysans dépendants, n’exclurent pas complètement les indigènes de la propriété foncière dans la région29. Leurs exploitations pouvaient aller du petit chôraphion au plus vaste proasteion et la famille, souvent non nucléaire mais élargie, est le cadre sur plusieurs générations de la conservation et de la transmission de ce patrimoine30.

18Les transactions en faveur de l’archimandrite se font par un acte de vente dont les clauses suivent le formulaire de l’acte de la pratique juridique byzantine, même si le lexique est parfois chargé de significations différentes. Dans ces documents, les termes les plus courants pour indiquer la condition patrimoniale d’un bien, sont les verbes κτάομαι et ἔχω, mais le simple adjectif possessif signale aussi de la possession du bien : ἡμῶν χωράφιον. L’origine d’un tel droit est souvent précisée et il en résulte que les terres cédées, si parfois elles ont été achétées, représentent le plus souvent la part d’héritage, paternelle ou maternelle, du vendeur, une klèronomia qui, d’ailleurs, s’était parfois constituée suite à un achat ou à une donation précédents. Aussi, bien que la transaction attestée par le document soit, en soi, la preuve d’une dévolution du patrimoine d’origine, on s’aperçoit qu’une même famille est en mesure de garder les droits sur une portion de ce dernier, et cela sur une longue durée.

19À cet égard la platéia transmise par le sigillion du roi de 1144 est très éloquente : on y trouve enregistrées des personnes qui sont identifiées soit par leur patronyme (x tou y), soit par un pluriel qui fait allusion à leur ascendance (oi Logothétai), etc. ou encore à la famille (ai eponimuiai autôn) et aux fils. Ces béllanoi sont parfois les mêmes personnes qui, des années plus tard, vendent leur bien au monastère, ou qui sont attestés dans les documents comme étant en possession de terrains avoisinants ceux du couvent. Parmi eux on reconnaît les membres des familles illustres – tels les Xéroi ou les Logothètai – plusieurs notarioi, un ampélourgos ; se remarquent aussi le fils du prôtopapas et un Nicolas tou Prete. S’en tenant à la lettre du sigillion, on y lira par conséquent la liste des hommes (to katonoma) habitant la chôra du Tuccio, soit les membres d’une communauté rurale dont la juridiction relève désormais de l’archimandritat auquel ils doivent les revenus (ta opheilomena) sur les biens (ta prosonta autôn) dont ils disposent librement31. Ils ne sont pas tous forcément des paysans et ils ont dans le prôtopapas leur chef de l’église.

20On ne conserve malheureusement aucun document qui atteste le montant du prélèvement pesant sur les béllanoi de Tuccio, mais l’existence au XIIe siècle d’une telle platéia est confirmée par un document qui en est un extrait. Il s’agit de la liste τῶν ἐξοτικῶν ἀνθρώπων ἀπὸ τῆς πλατείας Τούκκων, les « hommes » donc qui, tout en devant leur impôt au monastère n’avaient pas été enregistré sur la platéia de Tuccio. Ils sont en effet installés sur d’autres terroirs – ici Saint-Nicétas (Sant’Aniceto, à l’ouest de Reggio) et dans les alentours de Reggio32. À côté des leurs noms, il est indiqué l’emplacement du bien-fonds correspondant et le montant qu’ils doivent au sakkélion de Tuccio, une somme modeste qui varie entre un demi et 3 taria. Comme ces noms se retrouvent, dans certains cas, dans la platéia conservée par le sigillion de 1144, ceci atteste, pour l’époque, tant la parcellisation des possessions paysannes que la mobilité des hommes.

21Ce qu’on lit entre les lignes des documents est, de fait, le rôle de dynatos joué par l’archimandritat qui s’approprie terres et rentes, en privilégiant l’acquisition de biens contigus pour faciliter leur mise en valeur et leur gestion33. Si dans les actes de vente du dossier, comme dans la plus grande partie de la documentation privée de l’Italie méridionale, l’exercice du droit de protimèsis est souvent sous-entendu – le vendeur et l’acquéreur étant mitoyens, ou la souscription d’un conjoint et/ou d’un voisin laissant entendre son accord vis-à-vis d’une aliénation qui l’exclut –, un document y fait en revanche une allusion explicite. En 1192, un couple vend ses chôraphia au monastère de Terreti pour la somme de 460 taria. La propriété est par conséquent transférée à l’archimandrite Laurent qui est garanti en justice contre toute intervention contraire. Cependant, trois mois plus tard, Laurent, pour la même somme, vend ces terrains à l’archimandrite du Saint-Sauveur, Léonce, διὰ τὸ μὴ ἔχειν διαφοράν. En effet, les chôraphia en question confinent d’un côté avec ceux du monastère du Saint-Sauveur : pour éviter tout différend, l’archimandrite de Terreti, qui pourtant est aussi un propriétaire de biens fonciers dans la région, préfère lui céder son droit34.

Les biens fonciers et leur mise en valeur

22L’objet des transactions est constitué dans la grande majorité des cas par un ou plusieurs terrains, parfois clos, qui peuvent comporter des arbres fruitiers – poiriers, figuiers, châtaigniers, noyers – ou des vergers (péribolia). De petits jardins (kèparia) sont attestés, notamment près des zones de résidence. Il s’agit de champs, chôraphia, le plus souvent cultivés (orge et blé), mais qui peuvent être en friches. Il est explicité, parfois, que ces champs sont potistikà, irrigués, et d’autres anydra, soit des cultures pluviales telles qu’on en trouve encore de nos jours dans les campagnes méridionales. Dans trois cas seulement il s’agit d’une vigne, ampélon, cependant nous savons soit par les périorismoi décrits dans les actes privés soit par l’inventaire des biens fonciers du monastère que la viticulture ainsi que la culture des roseaux (kalamia) et des mûriers (sykamina), précieux pour l’élevage du ver à soie, exploités ici de façon intensive depuis l’époque byzantine, étaient répandues ; les deux se trouvent souvent plantés sur un terrain clos, kleisma35. Un document daté de 1180 fait mention aussi de la culture du lin, attestée ailleurs, en Calabre comme en Pouille36. On ne trouve curieusement aucune référence au bétail, mais un acte de 1173 atteste qu’offrir des animaux destinés à l’abattoir pouvait constituer un contre-don apprécié37.

23Les documents indiquent rarement la superficie du bien-fonds ; quand c’est le cas, le goumarion est la mesure du chôraphion, la vigne est comptée en rizia, les mûriers en podia. Le prix de la vente est par conséquent le seul et peu fiable critère dont on dispose pour estimer sa valeur. Ceci est toujours exprimé en taria, souvent spécifié sous la forme chrysa taria ; en 1156 sur le même site, deux goumaria de terrains valent 7 taria, mais sept en valent 30. En tout cas, au cours du XIIe siècle, d’après les actes, la somme moyenne dépasse rarement le 30 taria d’or ; les 100 taria versés par le monastère en 1153, les 200 de 1187, ou les 660 de 1193 sont des exceptions.

24Ces terrains, cultivés et non, de dimensions variées, normalement entourés d’autres parcelles, localisés par la référence au lieu-dit où ils se trouvent, côtoient parfois des domaines plus vastes, tel le proasteion de l’archonte Kantourès, un latin sans doute, mais aussi celui des italo-grecs Kènnéroi qui ont gardé en indivis durant longtemps leur domaine, pour enfin le partager entre les membres de la famille. Ce partage a conduit, comme il est prévisible, à une diminution du patrimoine car l’un des ayants droit a ensuite vendu sa part au monastère38.

25À partir des années 1160, des koultourai sont aussi mentionnées dans les périorismoi39. Ce sont des réserves foncières, dont on peut probablement distinguer les antécédents dans les megalai moirai de l’époque byzantine, attestées à Stilo, mais aussi à Oppido, où l’existence du grand domaine de propriétaires ecclésiastiques mais encore laïcs est bien connue40. On sait que ces koultourai étaient normalement des grands champs cultivés à céréales, dont la production, bien connue, est attestée entre autre par un sigillion inédit du roi Roger daté de 1147. Le roi y confirme l’exemption de tout impôt aux navires du monastère chargés du transport des biens entre les domaines de Calabre et ceux de Sicile. Les produits énumérés y sont le blé, l’orge, les fèves, les légumes, outre le vin, le miel, la cire, le beurre, la laine, le coton et le bois41. Ainsi, les koultourai de Saint-Blaise, de Barichôria et de Mésoponitès, mesurant respectivement 40, 50 et 14 goumaria, qui sont enregistrées dans l’inventaire des terrains du monastère, daté de la période du règne de Guillaume II, sont très probablement des cultures céréalicoles. De même quant à la megalè koultoura attesté par l’inventaire. Néanmoins à Tuccio est attestée une koultoura des mûriers, Ta Sykamina.

Le régime de la terre et le statut des hommes

26Tout comme le chôraphion, la koultoura peut être qualifiée de despotikè : Ta Sykamina est une koultoura despotikè. L’emploi du terme despotikos pour qualifier la terre domaniale, tenue en régie directe et mise en valeur par une main d’œuvre salariée, est connu pour Byzance42. Dans nos actes, il semble que le terme soit employé pour désigner ce qui relève du maître du sol, à savoir l’archimandrite, despotès étant équivalent de authentès. En effet, des chôraphia despotika tès hagias monès ne sont explicitement mentionnés qu’en 1227 et en 122943, mais le texte d’un acte de 1175-1176 est très clair lorsqu’il précise qu’un terrain confinant à un terrain despotikon est vendu au monastère ὡς διαφέροντα ἀληθῶς καὶ συνοροῦν τῆς δεσποτείας, « comme étant vraiment pertinent et confinant à la propriété ». Restent cependant des ambiguïtés : en 1164-1165, Jean Chakès membre d’une famille connue, disposant des droits réels sur plusieurs biens-fonds, vend une parcelle de terrain qui se trouve au milieu (méson) de cette koultoura des Mûriers. Celle-ci est constituée de fait par plusieurs chôraphia despotika dont l’un que le monastère du Saint-Sauveur tient de (échei ek) Trikakos44. En outre, un document datant de la même année, sur le même site, semble distinguer entre un terrain du monastère et un terrain despotikos. En revanche, sur le site de Lykopholia, « les bois du Loup », le choraphion vendu par plusieurs ayants droit confine à deux autres que le monastère a acheté à des particuliers, les deux indiqués par leurs noms. L’un des deux biens est défini comme un choraphion despotikon.

27L’ambiguïté tient en effet à la notion même de la despoteia dans le contexte de la seigneurie rurale. « Despotique » semble qualifier en effet la propriété d’un bien par rapport aux obligations fiscales qui en découlent : le transfert de propriété d’un terrain despotique transfère en même temps l’obligation à verser l’impôt correspondant au despotès.

28D’autre part, nous n’avons pas trouvé dans l’ensemble des actes du monastère du Saint-Sauveur, notamment dans ceux qui ont été émis en Sicile concernant tous le Valdemone, des occurrences analogues à celles répertoriées pour la vallée du Tuccio45.

29Notons encore un détail important : vers la fin des années 1160, d’après deux périorismoi ainsi que par l’inventaire qui dresse la liste des terrains du monastère, est attestée l’existence d’une kourtès, située face à la koultoura despotikè des Mûriers, soit aux Sykamina46. Par le même inventaire on sait aussi que celle-ci abritait un kérameion : un four, ou plutôt, un atelier de poterie47. S’agit-il donc d’une réserve seigneuriale, constituée par un ensemble des parcelles à culture spécialisée, le siège d’une telle exploitation qui nécessite une main d’œuvre qualifiée étant la kourtès avec ses annexes ? Ou bien l’attribut despotikos indique-il le maintien de la part du roi d’un droit fiscal sur une partie de ces réserves si rentables, tels les mûriers et les bois ?

30Enfin, qui cultivait ces terres, sous quel statut ? La question, essentielle, n’est pas simple, d’autant que malgré sa richesse la documentation demeure limitée et ce tant par son destinataire – normalement le seul archimandrite – que par sa typologie juridique car, pour la plus grande partie, il s’agit d’actes de vente aux clauses assez conventionnelles.

31Au sujet de la possession et de l’exploitation de la terre, tout cas de figure est représenté dans les actes : le paysan qui cultive le champ dont il a hérité ; celui qui tout en ayant son bien propre travaille aussi sur le proasteion de son authentès, un laïc, à qui, le moment venu, il vendra sa vigne ; ceux qui détiennent à cens un bien-fonds pour une période limitée (kratoun eis telos) et ceux qui en ont eis emfiteusis. D’autres jouissent du droit de semence sur une parcelle appartenant au monastère et il peut arriver également que le monastère détienne un bien-fonds d’autrui, que cela soit des laïcs ou des confrères. Les termes indiquant ces rapports varient et si enéchyriazô signifie toujours avoir ou donner en gage, la valeur de échô, kratô et épikratô ne peuvent s’évaluer que dans et par le contexte du discours juridique où ces verbes apparaissent, pouvant indiquer tant la propriété éminente que la propriété utile, notamment les deux derniers. Lorsqu’on lit, dans l’inventaire qui fait état des biens oikeia du monastère, que des nonnes kratousin une vigne, il est clair qu’elles en ont l’usufruit, mais cela ne nous dit rien quant à la main-d’œuvre qui la cultive. Quand en 1191, Marine, kathigoumène du monastère féminin de Saint-Phantin-et-Balsamion, cède à l’archimandrite une partie des biens-fonds de son couvent, elle y ajoute un terrain qu’elle tient de son héritage maternel. La nonne précise que celui-ci est destiné à la construction d’un katoikitirion pour les hommes du Saint-Sauveur : les paysans dépendant du monastère venant donc travailler sur la nouvelle acquisition peuvent y trouver un logement48.

32Pour résumer, la difficulté que l’on rencontre à définir à travers les actes de la pratiques les modes d’appropriation du sol et la mise en valeur des terres, le statut des hommes et les rapports de dépendance qui les lient entre eux et aux institutions tient au changement du régime qui a investi, à Tuccio comme ailleurs, les campagnes du royaume en ce tournant du XIIe siècle. L’encadrement juridique et administratif des communautés rurales durant des siècles avait été autre et le lexique des documents, sédiment de pratiques antérieures aux transformations apportées par le pouvoir normand, se charge de significations nouvelles. En même temps, dans le formulaire de l’acte, peuvent s’inscrire des termes inconnus à la pratique byzantine, et ce moins pour désigner une réalité inédite que pour s’adapter, avec un nouveau lexique souvent calqué sur le correspondant latin, à une évolution en cours49.

Conclusion

33La Vallée du Tuccio n’a pas été le cadre de fouilles. Quelques vestiges encore existants dans la zone de San Lorenzo et de San Giorgio ont été l’objet de travaux menés par Domenico Minuto et Anna Maria Mastelloni, qui évoque d’ailleurs la « scomparsa totale di emergenze significative50 ». Les documents permettent néanmoins d’esquisser un profil du territoire, de suivre la distribution et l’organisation spatiale des habitats, d’envisager le mode d’occupation du sol. Suivre les périorismoi indiqués dans les actes conduit le lecteur par des crêtes et des vallons, à longer le cours des fiumare qui se jettent dans le Tuccio – l’axe qui oriente la vallée du Nord au Sud – jusqu’à des sources, des puits ou des moulins, en remontant des collines boisées parfois mais surtout rocailleuses. Le paysage est parsemé de petites églises et de croix, d’enceintes et de rochers aux formes bizarres, de grottes, d’aires à grain, de chemins et de routes qui constituent autant de repères des limites décrites.

34Les confins cadastraux de la chôra, indiqués dans le sigillion du roi, laissent envisager un périmètre d’environ 70 km. À l’époque de la concession royale, il n’y a pas dans la Vallée du Tuccio de site du même nom et le périorismos, partant de la mer près de l’embouchure de la rivière Akraba, ne fait mention que d’hagiotoponymes où de lieux-dits se trouvant de part et d’autre le cours du Tuccio jusqu’au nord, aux confins de Hagia Agathé de Reggio, et à l’ouest jusqu’au kastellion de Pentedattilo, pour revenir à la mer. Au sujet de l’habitat, les documents privés ne sont guère plus loquaces : traitant de terres, ils ne font normalement référence qu’à celles-ci, dont les bornes sont le plus souvent des éléments du paysage rural. Ces terres doivent néanmoins être localisées plus précisément et pour ce faire on recourt aux lieux-dits, soit aux topothésiai (ou topoi) : Lèstè, Agora, Traginaria. Il s’agit de toponymes qui correspondent au chôrion d’époque byzantine, habitat ouvert qui peut être défendu par des murs ou bien, comme son nom l’indique dans un cas, par une tour : Pyrgos. Cependant la référence explicite à un chôrion est très rare dans les actes et c’est surtout grâce à l’inventaire qu’on en connaît quelques-uns : ce sont les chôria de Saint-Nicolas de Placa, de Pristeo, de Saint-Phantin, et d’autres qui sont identifiés par un anthroponyme, p. ex. le chôrion des Kalogérisianoi ou celui de Damaskènos et de Xiléa.

35L’on doit attendre 1164-1165 pour qu’un document mentionne l’existence d’un asty tôn Toukkôn et l’on reste surpris de trouver cette appellation isolée. Que ce bourg fortifié soit le résultat d’une construction nouvelle, à identifier probablement avec le village actuel de San Lorenzo – situé en haut d’une colline qui domine la rivière et les vallées autours –, ou bien que celui-ci se soit développé sur le site du kastron byzantin de Gardo – situé en-dessous de San Lorenzo – l’asty normand devint le centre du ressort administratif tôn Toukkôn. C’est en effet à cette époque, autour des années 1160, que le terme diakratèsis, alternant avec kratos, se substitue à l’appellation jusqu’alors courante, et plus neutre, de chôra tôn Toukôn, qui reviendra dans les actes de la moitié du XIIIe siècle. L’asty est entouré de terres cultivées, sans doute de dimensions modestes, confinant à leur tour avec de plus vastes domaines d’exploitations, proasteia, et de plus grandes réserves, koultourai.

36Ce paysage rural ne semble pas très différent de celui décrit un siècle plus tôt pour l’habitat de Boutzanon, dans la tourma des Salines51, mais l’assise de la terre a changé. Aux particuliers, héritiers des propriétaires et/ou locataires de l’époque byzantine, exploitant sans doute eux-mêmes leurs lopins et relevant du fisc impérial, est venu lentement se substituer le monastère de Saint-Sauveur. Doté par le roi d’une vaste portion de terre, des droits sur celle-ci, et d’exemptions, l’archimandritat, qui perçoit l’impôt dû par les bellanoi qui y résident, enrichit son patrimoine foncier tant à leurs dépens qu’à celui d’autres particuliers qui dans cette région jouissent de droits sur la terre. Citons pour tous le camerarius regius du roi Guillaume II, pour la Calabre, Jean Kalouménos (Calomeno), qui, en 1175 pour 120 taria d’or vend au Saint-Sauveur deux parcelles d’un terrain sis eis to kratos tôn Toukkôn par un acte qui est rédigé par le taboularios de la ville de Reggio52.

37Le phénomène n’a rien d’extraordinaire, surtout lorsqu’on pense qu’à son pouvoir seigneurial, rural et banal, l’archimandrite pouvait ajouter l’emprise venant de sa fonction pastorale auprès des sujets grecs du royaume. Néanmoins, au cours du temps, cela change sans doute le mode de faire-valoir du terroir. Vers la fin du XIIe siècle, le domaine d’un seul tenant devance les chôraphia qui pendant presque un siècle, depuis l’arrivée des Normands, n’avaient cessé d’être des biens patrimoniaux des indigènes. Ce domaine, cultivé sans doute tant par une main d’œuvre salariée que, plus sûrement, par des paysans dépendants, en côtoie d’autres également étendus et relevant d’autres seigneurs. Il s’agit de l’archimandrite de Terreti, par exemple, ou de l’archevêque de Reggio, de quelques archontes, mais aussi du domaine royal, la royauté ne s’étant jamais défaite de ses bona calabraises et des ses revenus. Les possessions paysannes ne résistent qu’en mesure limitée et sont souvent soumises à des charges diverses qui nécessitent un contrôle et une réglementation adéquats : une gestion complexe qu’assure la mise à l’écrit des différentes contrats. Comme tout grand seigneur, l’archimandrite de Messine a en effet ses fonctionnaires, sa cour et des notaires à son service ; il se rend sur ses domaines calabrais pour des visites. Son représentant sur place est l’économe, chargé de la gestion des biens, qui en cas de différend peut faire recours aux boni homines. Pour le XIIIe siècle, notre documentation est limitée à 8 documents, mais l’on voit déjà qu’il s’agit d’actes dont la teneur est complexe : un échange de biens avec un particulier, redevable du cens au monastère, un échange-vente, une convention concernant des biens sur lesquelles pèse une hypothèque, une concession d’usufruit, un procès-verbal d’un différend éclaté à propos des hommes du monastère et concernant son vestiaritès, sans doute l’administrateur des ses biens fonciers53. L’un des plus récents, daté de 1244, rend officielle la concession faite par l’archimandrite Paul à Carnélévarius de Pavie, seigneur de la chôra de Sinopoli, concernant l’eau de la rivière du Tuccio54. Le site étant dans la périochè du Tuccio, domaine de l’archimandrite, la jouissance des eaux qui y coulent lui revient, selon la lettre du sigillion du roi du 1144. Carnélévarius « ni par la loi ni par coutume juridique, mais par faveur et amitié », demande la concession du droit d’irriguer son olivier, ce que l’archimandrite accepte en signe « d’amitié solide ». Les moines du monastère garderont l’olivier dans la cheirokratèsis du monastère et les hommes de Carnélévarius pourrons l’exploiter sa vie durant.

38C’est l’homologia signée par deux dynatoi de la Calabre méridionale devant le juge latin de Messine et rédigée par le basilikos dèmotikos notarios de la ville, un grec sans doute, en deux exemplaires. La langue écrite reste le grec, mais le contexte et la procédure, tout comme le formulaire qui les traduit, reflètent une réalité fort lointaine de celle de l’époque byzantine.

Notes

1 F. Trinchera, Syllabus graecarum membranarum, Naples, 1865.

2 A. Guillou, Corpus des Actes Grecs d’Italie du Sud et de Sicile. Recherches d’histoire et de géographie, 1-6, Cité du Vatican, 1970-2006.

3 Sur l’histoire mouvementée de ce fonds d’archives, voir A. Sparti, « Il fondo Messina nell’Archivio della Casa Ducal Medinaceli a Siviglia », Messina. Il ritorno della memoria, Palerme, 1994, p. 119-127 ; A. Sanchez Gonzales, « De Messina a Sevilla. El largo peregrinar de un archivo siciliano por tierras españolas », Messina. Il ritorno della memoria, p. 129-141 ; C. Rognoni, Les actes privés grecs de l’Archivo Ducal de Medinaceli (Tolède). I, Les monastères de Saint-Pancrace de Briatico, de Saint-Philippe-de-Bojôannès et de Saint-Nicolasdes-Drosi (Calabre, XIe-XIIesiècles), Paris, 2004, p. 9-12.

4 La bibliographie à ce sujet est assez vaste, cependant l’étude la plus complète concernant l’histoire de l’archimandritat de Messine, notamment dans le cadre de la politique religieuse des Normands, reste celle de M. Scaduto, Il monachesimo basiliano nella Sicilia medievale. Rinascita e decadenza. Secoli XI-XIV, Rome, 1947, à compléter avec V. von Falkenhausen, « L’archimandritato del S. Salvatore in lingua phari di Messina e il monachesimo italogreco nel regno normanno-svevo (secoli XI-XIII) », dans Messina. Il ritorno della memoria, p. 41-52, qui tient compte de la découverte du fonds « Messine ». Voir C. Rognoni, Les actes privés grecs de l’Archivo Ducal de Medinaceli (Tolède). II, La Vallée du Tuccio (Calabre, XIIe-XIIIesiècles), Paris, 2011.

5 H. Bresc et A. Nef, La première géographie de l’Occident, Paris, 1999, IV, 3, p. 341. Voir G. Alessio, Saggio di toponomastica calabrese, Florence, 1939, s. v. ; F. Mosino, « Attività agricola e apicoltura », dans Mestieri, lavoro e professioni nella Calabria medievale : tecniche, organizzazioni, linguaggi. Atti del VIII Congresso storico calabrese, Palmi (RC), 19-22 novembre 1987, Soveria Mannelli, 1993, p. 175-181, ici p. 180.

6 ADM 1283, inédit, voir ms. Vat. lat. 8201, fol. 73r-v. Voir V. von Falkenhausen, « I documenti greci del fondo Messina dell’Archivo General de la Fundación Casa Ducal de Medinaceli (Toledo). Progetto di edizione », dans Vie per Bisanzio. VII Congresso Nazionale dell’Associazione Italiana di Studi Bizantini. Venezia, 25-28 novembre 2009, éd. A. Rigo, A. Babuin et M. Trizio, Bari (Due punti, 25), 2013, p. 665-687. L’article comporte les regestes des actes toujours inédits des souverains normands que nous citons dans les pages qui suivent ; voir Scaduto, Il monachesimo basiliano, p. 189-192.

7 Le codex Vat. lat. 8201, copié au XVII e siècle, transmet le texte de plusieurs documents grecs du fonds « Messina », souvent accompagnés d’une traduction latine permettant d’intégrer les lacunes de la documentation originale. Ainsi le sigillion de 1134 dont se réclame l’archimandrite en 1142-1143 est perdu, mais on en conserve la transcription aux fol. 133 r -134 r, tr. lat. fol. 274-275 ; voir R. Pirri, Sicilia sacra, disquisitionibus et notitiis illustrata, Palerme, 1733, I, p. 590, II, p. 1155-1156 ; un regeste du doc. dans E. Caspar, Roger II (1101-1134) und die Gründung der normannisch-sizilischen Monarchie, Innsbruck, 1904, n o 98, p. 523.

8 ADM 1283, l. xy. La datatio du sigillion, mai 6650, ind. VI, soit 1142-1143, n’est pas sûre, l’indiction ne correspondant pas à l’année du monde, cependant V. von Falkenhausen ne doute pas de l’authenticité du document.

9 ADM 1253, inédit, une copie dans ms. Vat. lat. 8201, fol. 71v -73r, 146r -147r (tr. lat. fol. 4r -5v, 171v -172r), voir Caspar, n o 180, p. 557-558 ; ADM 1247, inédit, deux copies dans ms. Vat. lat. 8201, fol. 64 r -66 v, 152 r -153 v (tr. lat. aux fol. 278-279) : suite à des contestations et à la demande de l’archimandrite, le roi lui confirme les possessions en Calabre concédées par le sigillion daté de 1133, indiquant entre autres leurs confins, dont ceux de la chôra de Tuccio. Un regeste du document a été publié en annexe au premier tome de l’édition des documents privés grecs de Medinaceli par V. von Falkenhausen dans Rognoni, Les actes privés grecs, I, p. 248-249.

10 ADM 529, inédit ; regeste par V. von Falkenhausen dans Rognoni, Les actes privés grecs, I, p. 247. Le sigillion comporte la liste des monastères placés sous la tutelle de l’archimandritat, distingués entre métochia et autodespota.

11 Ces dispositions royales se lisent à quelques différences près tant dans le sigillion daté de 1144 (ADM 1247) que dans celui de 1142-1143 (ADM 1282). Pour l’autorisation faite par l’autorité publique aux concessionnaires des terres d’installer sur celles-ci des hommes libres, voir en dernier lieu É. Patlagean, « Les “hommes” (anthrôpoi) dans les documents grecs du Mezzogiorno normand », Puer Apuliae. Mélanges offerts à Jean-Marie Martin, éd. E. Cuozzo, V. Déroche, A. Peters-Custot, V. Prigent, Paris (Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance. Monographies, 30), 2009, II, p. 529-536, ici p. 533-535.

12 ADM 1360, inédit, une copie dans ms. Vat. lat. 8201, fol. 67 r -69 r, 189 r -191 v ; voir Caspar, Roger II, n o 182, p. 558 ; Scaduto, Il monachesimo basiliano, p. 191, 421-422. La liste des noms est reproduite dans Rognoni, La Vallée du Tuccio, p. 263-266.

13 ADM 1247, l. 23-34.

14 A. Nef, Conquérir et gouverner la Sicile islamique aux XIeet XIIesiècles, Paris, 2011, p. 256-257, et passim pour un point sur l’administration centrale du royaume, ses organes et leurs compétences.

15 La terre d’Agrò, en Sicile, fut également concédée à l’archimandrite, en 1133 ; son étendue et son poids économique sont toutefois plus modestes par rapport à la terre du Tuccio.

16 A. Guillou, Le brébion de la métropole byzantine de Règion (vers 1050), Cité du Vatican (Corpus des Actes Grecs d’Italie du Sud et de Sicile. Recherches d’histoire et de géographie, 4), 1974, p. 130, 243, 334.

17 Caspar, Roger II, p. 489 (n° 28), p. 491 (n° 41).

18 G.C. Mor, « Riflessi bizantini nell’organizzazione calabrese », Atti del IV Congresso Storico Calabrese, Naples, 1969, p. 369-391, ici 384 ; P. Joannou, « La personalità storica di Luca di Bova attraverso i suoi scritti inediti. Con testo greco e con traduzione a cura di M. Isnardi », Archivio Storico per la Calabria e la Lucania, 29, 1960, p. 175-237, ici 222-237. Voir A. Peters-Custot, Les Grecs de l’Italie méridionale post-byzantine. Une acculturation en douceur (IXe-XIVesiècles) (Collection de l’École française de Rome, 420), Rome, 2009, p. 367-368.

19 ADM 1370, éd. V. von Falkenhausen, « Maximilla regina, soror Rogerius rex », Italia et Germania. Liber Amicorum Arnold Esch, éd. H. Keller, W. Paravicini, W. Schieder, Tübingen, 2001, p. 361-376.

20 Voir Peters-Custot, Les Grecs de l’Italie méridionale post-byzantine, p. 367-368, avec la bibliographie précédente ; voir aussi Nef, Conquérir et gouverner la Sicile islamique, p. 456-463, pour les concessions royales au bénéfice des évêques auxquelles celles octroyées à l’archimandrite, titulaire d’un monastère royal, peuvent être en partie assimilées.

21 L’application des normes du ius proprium des sujets du royaume, à condition qu’elles ne contredisent pas le ius regium, est affirmée tant dans les Assises d’Ariano, en 1140, que dans les Constitutions de Frédéric II, en 1231 ; F. Calasso, Il Medioevo del diritto. I, Le Fonti, Milan, 1954, p. 459-466 ; M. Caravale, « Giustizia e legislazione nelle Assise di Ariano », Le Assise di Ariano 1140-1990. Atti del convegno internazionale di studio a 850 anni dalla promulgazione. Ariano Irpino, 26-28 ottobre 1990, éd. O. Zecchino, Ariano Irpino, 1994, p. 3-21 ; O. Zecchino, Les Assises de Roger II (1140), dans Les Normands en Méditerranée dans le sillage de Tancrède. Actes du colloque de Cerisy-la-Salle, 24-27 septembre 1992, éd. P. Bouet, F. Neveux, Caen, 1994, p. 143-149 ; H. Houben, Ruggero II di Sicilia. Un sovrano tra Oriente e Occidente, Rome-Bari (Centro Europeo di Studi Normanni, Fonti e Studi, 8), 1999, p. 172-188.

22 L’original du document daté de 1151 est perdu, mais ADM 262, inédit, en conserve une traduction latine, datée de 1386, apud casalem Calogerisiani pertinentia vallis Tucchii, faite par le juge de la chora du Tuccio, Benencasa Pancaldo, et par le notaire publique, Basile Mustoxidi, à la demande de l’archimandrite Paul. Il s’agit de la seule mention explicite à la juridiction de l’archimandrite pourtant sous-entendue par la teneur des privilèges précédents.

23 Il s’agit de Léonce, économe entre 1172-1173 et 1187, qui fut archimandrite entre juin 1191 et août 1200, et de Luc, son successeur à Tuccio et troisième archimandrite de ce nom, à la tête du Saint-Sauveur entre 1202 et 1218.

24 ADM 122, éd. W. Koch, Die Urkunden Friedrichs II. 1198-1212, Hanovre (Monumenta Germaniae Historica. Die Urkunden der deutschen Könige und Kaiser, 14, 1), 2002, n° 42, p. 85-87.

25 Rappelons que l’archimandrite du Saint-Sauveur, tout en devant fidélité à l’archevêque de Messine, demeura exempt de l’autorité de celui-ci jusqu’à la moitié du XIIIe siècle, ce qui, par la suite, causa plusieurs conflits entre les deux institutions : W. Holtzmann, « Papsttum, Normannen und griechische Kirche », Miscellanea Bibliothecae Hertzianae, éd. L. Bruhns, F. Graf, W. Metternich, L. Schudt, Munich, 1961, p. 69-76 ; Scaduto, Il monachesimo basiliano, p. 280-284 ; H. Enzensberger, « Der Archimandritat zwischen Papst und Erzbishof : der Fall Messina », Bollettino della Badia greca di Grottaferrata, 54, 2000, p. 209-225.

26 Guillou, Le brébion, p. 189, 375-382 ; M.-H. Laurent-A. Guillou, Le « Liber visitationis » d’Athanase Chalkéopoulos (1457-1458). Contribution à l’histoire du monachisme grec en Italie méridionale, Cité du Vatican, 1960, p. 258-259, 299 ; D. Minuto, Catalogo dei monasteri e dei luoghi di culto tra Reggio e Locri, Rome, 1977, p. 135-144 ; D. Minuto, « Spigolature a Valletuccio », Νέα Ῥώμη, 3, 2006, p. 250 ; S. Lucà, « Una nota inedita del cod. Messan. gr. 98 sulla chiesa di S. Giorgio di Tuccio », Bollettino della Badia greca di Grottaferrata, 31, 1977, p. 34-35 et n. 22. Voir Rognoni, La Vallée du Tuccio, p. 24-25.

27 Sur ce couvent, ou ekklèsia d’après les sources, voir Minuto, Catalogo, p. 153-157 ; Minuto, Spigolature a Valletuccio, p. 250 ; Lucà, Una nota inedita, p. 31-40 ; S. Lucà, « L’inventario di libri e suppellettili della chiesa di S. Giorgio di Tuccio (dalle cc. 276 v -277 r del cod. Messan. gr. 98) », Scritti in onore di Salvatore Pugliatti, V, Milan, 1978, p. 511-521 ; voir G. Mercati, Per la storia dei manoscritti greci di Genova, di varie badie basiliane d’Italia e di Patmo, Cité du Vatican, 1935, p. 170-171.

28 C. Rognoni, « Il monastero di San Bartolomeo tou Silipingou in Valle Tuccio (secolo XII) : due documenti inediti dall’Archivo Ducal de Medinaceli », Archivio Storico per la Calabria e la Lucania, 75, 2008-2009, p. 69-87.

29 Ceux qui vendaient leur bien, disposant de liquidité, pouvaient certes acheter d’autres terres. Nous n’avons pas de preuves, mais il est possible qu’ils allaient également migrer ailleurs.

30 Sur ce sujet, voir La transmission du patrimoine à Byzance et l’aire méditerranéenne, éd. J. Beaucamp et G. Dagron, Paris (Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance. Monographies, 11), 1998.

31 Le document ne fait pas mention de la juridiction qui est cependant évoquée dans un document de 1151, voir supra, n. 22. Sur la typologie documentaire de la plateia d’époque normande voir J.-M. Martin, « Le platee calabresi », Studi in margine all’edizione della Platea di Luca arcivescivo di Cosenza (1203-1227), éd. E. Cuozzo, J.-M. Martin, Avellino, 2009, p. 113-121 ; A. Peters-Custot, « Gli elenchi di uomini », Studi in margine, p. 141-158 ; A. Peters-Custot, « Brébion, kodex et plateae : petite enquête sur les instruments de la propriété monastique dans la Calabre méridionale aux époques byzantine et normande », Puer Apuliae, II, p. 537-552.

32 ADM 1416 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 52, p. 252-254.

33 Une telle pratique est bien connue : pour tous, voir J. Lefort, « L’économie rurale à Byzance (VIIe-XIIe siècle) », dans Id., Société rurale et histoire du paysage à Byzance, Paris (Bilans de Recherche, 1), 2006, p. 395-478, ici p. 456.

34 ADM 1368 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 42, p. 203-206 ; voir M. Re et C. Rognoni, « Gestione della terra ed esercizio del potere in Valle Tuccio (fine secolo XII) : due casi esemplari. Edizione, commento dati prosopografici e analisi paleografica di ADM 1324, 1368, 1333 », Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik, 58, 2008, p. 131-146.

35 Rognoni, La Vallée du Tuccio, s. v. ; pour la culture des mûriers, voir A. Guillou, « La soie du katépanat d’Italie », Travaux et Mémoires, 6, 1976, p. 69-84.

36 J.-M. Martin et G. Noyé, « Les campagnes de l’Italie méridionale byzantine (Xe-XIe siècles) », Mélanges de l’École Française de Rome. Moyen Âge, 101, 1998, p. 559-596, ici p. 580.

37 ADM 1334 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 23, p. 137-141.

38 ADM 1306 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 43, p. 207-211.

39 Sur la valeur du mot koultoura, emprunté au latin, et plus en général pour la présence en Calabre de ces « vastes réserves foncières », voir J.-M. Martin, « Centri fortificati, potere feudale ed organizzazione dello spazio », La Calabria, I quadri generali, 1, éd. A. Placanica, Reggio de Calabre, 2001, p. 485-522 ; J.-M. Martin, « Les thèmes italiens : territoire, administration, population », Histoire et culture dans l’Italie byzantine. Acquis et nouvelles recherches, éd. A. Jacob, J.-M. Martin, G. Noyé, Rome (Collection de l’École française de Rome, 363), 2006, p. 517-558, ici p. 552-553.

40 S. G. Mercati, C. Giannelli, A. Guillou, Saint-Jean-Théristès (1054-1264), Cité du Vatican (Corpus des actes grecs d’Italie du Sud et de Sicile. Recherches d’histoire et de géographie, 5), 1980, p. 31-42 ; A. Guillou, La Théotokos de Hagia Agathè (Oppido) (1050-1064/1065), Cité du Vatican (Corpus des actes grecs d’Italie du Sud et de Sicile. Recherches d’histoire et de géographie, 3), 1972, p. 24-26.

41 ADM 1260, original, inédit ; voir von Falkenhausen, I documenti greci, p. 677.

42 Pour les terres despotiques à Byzance : M. Kaplan, Les hommes et la terre à Byzance du VIeau XIesiècle. Propriété et exploitation du sol, Paris (Byzantina Sorbonensia, 10), 1992, p. 348, 350-352 ; Lefort, « L’économie rurale », p. 406-407.

43 ADM 1240 et ADM 1367 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 45, p. 218-223 ; doc. 47, p. 228-232.

44 ADM 1381 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 40, p. 104-106.

45 La seule occurence du terme despotikos concerne des ergastèria à Messine que le fonctionnaire du sékréton est autorisé à donner en location à un privé. Il s’agit évidemment d’un bien domanial.

46 ADM 1269 et ADM 1364 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 16, p. 114-117 ; doc. 17, p. 118-120.

47 Pour la production céramique dans la zone du Détroit à cette époque voir C. Capelli et C. M. Lebole, « Il materiale da trasporto in Calabria tra tardoantico e bassomedioevo », Atti del XXX Convegno Internazionale della Ceramica, Albisola 16-18 maggio 1997, Florence, 1999, p. 67-77 ; voir aussi G. Di Gangi-C. M. Lebole, « La Calabria bizantina (VI-XIV secolo). Un evento di lunga durata », Histoire et Culture dans l’Italie byzantine, p. 471-487, avec bibliographie.

48 ADM 1329 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 40, p. 195-198.

49 C’est le cas, per exemple, des chôraphia qui dans l’inventaire des terrains du monastère sont définis oikeia et aporia. Les deux emplois ne se rencontrent pas dans les documents de l’Empire, où le second terme notamment est inconnu. La signification généralement acceptée d’aporion, « terrain cultivé en propre par le vilain », est à réviser. Voir, pour un premier abord de la question, Rognoni, La Vallée du Tuccio, p. 36-40 ; doc. 53, p. 255-257.

50 Minuto, Catalogo ; Minuto, Spigolature a Valletuccio, p. 245-265 ; A.-M. Mastelloni, « Terre, casali e kastra nella zona del Tuccio », Messina e la Calabria dal Basso Medioevo all’Età contemporanea, Atti del I Colloquio calabro-siculo 21-23 novembre 1986, Messine, 1988, p. 209.

51 Guillou, La Théotokos de Hagia-Agathè, p. 24-25.

52 ADM 1239 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 26, p. 149-152.

53 ADM 1380 (a. 1287) : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 51, p. 247-251. La charge de vestiaritès est rarement attestée dans la hiérarchie de l’archimandritat de Messine et nous n’en avons pas su définir exactement le rôle. Probablement, comme en Orient, il assure le contrôle des biens fonciers du couvent : M. Kaplan, « L’économie du monastère de la Kosmosôteira fondé par Isaac Comnène d’après le typikon (1152) », Travaux et Mémoires, 16, 2010 (= Mélanges Cécile Morrisson), p. 455-483.

54 ADM 1399 : Rognoni, La Vallée du Tuccio, doc. 50, p. 242-246. Carnélévarius de Pavie, mentionné parmi les barons du justicierat de Calabre en 1234, est fidelis du roi Frédéric II, custos falconum de la cour, seigneur de la terra de Sinopoli dont héritera sa fille Marguerite, femme de Folco Ruffo. Par la dot de Marguerite de Pavie la famille Ruffo devient feudataire de Sinopoli et ce jusqu’au début du XIXe siècle. Voir La Platea della contea di Sinopoli (sec. XII-XIV), éd. P. De Leo, Soveria Mannelli (Codice Diplomatico della Calabria. Serie I, III), 2006, p. VI-VII ; S. Pollastri, « Les Ruffo de Calabre sous les Angevins. Le contrôle lignager (1268-1435) », Mélanges de l’École française de Rome. Moyen Âge, 113-1, 2001, p. 543-577.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Cristina Rognoni, « Pratique juridique grecque et économie dans la Calabre post-byzantine (XIIe-XIIIe siècle) », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 28 | 2014, 409-430.

Référence électronique

Cristina Rognoni, « Pratique juridique grecque et économie dans la Calabre post-byzantine (XIIe-XIIIe siècle) », Cahiers de recherches médiévales et humanistes [En ligne], 28 | 2014, mis en ligne le 31 décembre 2017, consulté le 11 mars 2018. URL : http://journals.openedition.org/crm/13758 ; DOI : 10.4000/crm.13758

Haut de page

Droits d’auteur

© Cahiers de recherches médiévales et humanistes

Haut de page

- Стратмор начал спокойно излагать свой план.  - Мы сотрем всю переписку Хейла с Танкадо, уничтожим записи о том, что я обошел систему фильтров, все диагнозы Чатрукьяна относительно «ТРАНСТЕКСТА», все данные о работе компьютера над «Цифровой крепостью», одним словом -.

«Цифровая крепость» исчезнет бесследно. Словно ее никогда не .

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *